Alors que Céline Dion fait son retour sur scène à Paris, l’occasion est belle de revenir sur la généalogie de la chanteuse et sur l’une de ses ancêtres françaises.
La généalogie de Céline Dion a déjà été largement étudiée, notamment ses nombreux ancêtres venus de France. Parmi eux, Marie-Reine Charpentier, née vers 1656 à Paris, quitte la capitale pour la Nouvelle-France comme Fille du roi. Des recherches dans les archives parisiennes permettent aujourd’hui de découvrir les conditions de vie de sa famille avant son départ, mais aussi plusieurs épisodes plus intimes de son histoire.
Une famille de tailleurs parisiens
Marie-Reine est la fille de Bonaventure Charpentier et d’Élisabeth Delalande. Lors de leur contrat de mariage, établi à Paris le 5 juin 1635, Bonaventure est compagnon tailleur d’habits et demeure rue du Plastre, dans le collège de Corneille, paroisse Saint-Séverin[1]. Originaire d’une famille angevine, il est le fils de Nicolas Charpentier, notaire tabellion de Lasse, et de Marguerite Richer.
Élisabeth Delalande, parfois nommée Isabelle, appartient également au milieu des tailleurs parisiens. Son père, Pierre Delalande, était maître tailleur d’habits à Paris. Elle demeure avec sa mère, Marguerite Melot, rue de l’Arbalète, dans le faubourg Saint-Marcel. Elle apporte 1 750 livres de dot, dont 1 600 livres en argent et 150 livres en habits, linge et hardes.
Dans la maison des Charpentier en 1671
Bonaventure Charpentier meurt avant le printemps 1671. Le 14 avril, l’inventaire de ses biens est réalisé à la demande de sa veuve, qui demeure alors rue des Marmousets, paroisse de la Madeleine, sur l’île de la Cité[2]. Le document permet de découvrir avec précision l’intérieur dans lequel vit alors la famille.
Dans la cuisine se trouvent une crémaillère, un soufflet, une marmite avec son couvercle, une poêle et une broche. La grande chambre située au-dessus est meublée de deux lits à hauts piliers en bois de noyer, avec paillasses, matelas, traversins et couvertures de laine blanche. Sur une table sont posés des morceaux de tissus, qui rappellent le métier de tailleur d’habits exercé par Bonaventure.
Une seconde chambre, au deuxième étage, contient notamment deux autres lits en noyer, une cassette fermant à clef, un vieux fauteuil, une tenture de tapisserie et deux miroirs fendus bordés de bois noir. Dans un petit cabinet voisin se trouve encore un vieux coffre.
Plus haut, le mobilier devient plus sommaire. Dans une petite chambre du troisième étage, une vieille couche est accompagnée de six vieilles chaises et d’une petite table ; deux vieux morceaux de tapisserie servent de couverture. La chambre voisine possède encore un lit, une petite armoire, une table et neuf chaises. Enfin, jusque dans le galetas, au-dessus de la montée, se trouvent une couche, deux matelas, une couverture et une vieille chaise. La maison possède également une cave.
L’inventaire permet ainsi de parcourir presque pièce par pièce la maison de la famille Charpentier, avec ses nombreux couchages, ses meubles de noyer, ses tissus, ses tapisseries usées ou encore ses miroirs fendus.

Extrait de l’inventaire après décès de Bonaventure Charpentier (1671)
Archives nationales
Marie-Reine, une très jeune épouse en Nouvelle-France
Le 17 octobre 1671, un acte des registres de tutelle du Châtelet de Paris apporte une précision sur l’âge de Marie-Reine[3]. Élisabeth Delalande y apparaît comme tutrice de ses deux filles : Antoinette-Geneviève, âgée de 23 ans, et Marie-Reine, âgée de 14 ans. Sont également présents plusieurs membres de la famille.
Marie-Reine arrive au Canada comme Fille du roi et épouse Louis Princeau à Québec le 28 juillet 1672, à l’âge d’environ 15 ans[4]. Devenue veuve, elle se remarie le 26 août 1681 avec Étienne Domingo[5].
À Paris, le destin d’Élisabeth Delalande
Cette même année 1681, sa mère Élisabeth se remarie à Paris avec Jean Danach, écuyer, sieur de La Rivière et avocat au Parlement[6]. Un autre contrat de mariage, celui de Jeanne Danach, sœur de Jean, apporte un renseignement supplémentaire sur cette famille : leur père Raymond Danach y est indiqué comme ayant été premier colonel des gardes du corps de Son Altesse Royale, Philippe de France (1640-1701), duc d’Orléans, frère de Louis XIV, communément appelé « Monsieur ».[7].
Le mariage d’Élisabeth semble toutefois s’être mal terminé. En 1688, elle est séparée de biens et d’habitation de son époux. Très malade, ayant reçu le viatique la veille, elle fait une déclaration devant notaire afin de répondre aux accusations portées contre elle par Jean Danach[8].
Celui-ci l’accuse notamment d’avoir emporté puis vendu une importante quantité de vaisselle d’argent. Se sentant proche de sa fin, Élisabeth affirme vouloir « rendre la vérité » et rendre compte à Dieu. Elle jure n’avoir aucune part dans cette disparition et signe « Ysabelle Delalande » d’une écriture tremblante.

Signature d’Ysabelle Delalande lors de sa déclaration (1688)
Archives nationales
Des liens conservés avec Paris
Le départ de Marie-Reine ne rompt pas ses liens avec la capitale. En 1699, René Hernet, bourgeois de Québec présent à Paris, agit comme procureur d’Étienne Domingo et de son épouse, devenue seule héritière de sa sœur Antoinette-Geneviève[9]. En vertu d’une procuration passée à Québec, il règle notamment la vente d’une rente de 100 livres pour un principal de 1 800 livres.
Plus surprenant, Marie-Reine est elle-même à Paris quelques années plus tard. Le 5 avril 1701, elle comparaît devant le notaire Jean-Baptiste Lecourt pour régler une autre affaire de succession[10]. L’acte précise qu’elle est alors logée rue de Grèves, paroisse Saint-Jacques-de-la-Boucherie, chez un aubergiste nommé La Fontaine.
Environ trente ans après son départ comme Fille du roi, Marie-Reine est donc revenue dans sa ville natale. Elle retourne ensuite en Nouvelle-France et est inhumée à Montréal, paroisse Notre-Dame, le 25 janvier 1728[11].
Si la généalogie de Céline Dion est connue depuis longtemps, les archives parisiennes permettent ainsi de compléter le parcours de l’une de ses ancêtres et surtout de retrouver une partie de son environnement familial : la maison dans laquelle elle vivait avant son départ, les affaires de ses proches et les liens qui continuèrent à unir cette famille à Paris après son installation en Nouvelle-France.
Sources :
[1] Archives nationales – Minutier central des notaires de Paris – Contrat de mariage de Bonaventure Charpentier et Élisabeth Delalande, 5 juin 1635 – MC/ET/XVII/231.
[2] Archives nationales – Minutier central des notaires de Paris – Inventaire après décès de Bonaventure Charpentier, 14 avril 1671 – MC/ET/I/160.
[3] Archives nationales – Châtelet de Paris, registres de tutelle – 17 octobre 1671 – Y//3968/B.
[4] Registres paroissiaux de Notre-Dame de Québec – Mariage de Louis Princeau et Marie-Reine Charpentier, 28 juillet 1672.
[5] Registres paroissiaux de Notre-Dame de Québec – Mariage d’Étienne Domingo et Marie-Reine Charpentier, 26 août 1681.
[6] Archives nationales – Minutier central des notaires de Paris – Contrat de mariage de Jean Danach et Élisabeth Delalande, 23 décembre 1681 – MC/ET/CVI/60.
[7] Archives nationales – Minutier central des notaires de Paris – Contrat de mariage de Pierre de La Rive et Jeanne Danach, 16 novembre 1700 – MC/ET/XXVIII/54.
[8] Archives nationales – Minutier central des notaires de Paris – Déclaration d’Élisabeth Delalande, 20 avril 1688 – MC/ET/LVIII/164.
[9] Archives nationales – Minutier central des notaires de Paris – Transport de rente, 12 janvier 1699 – MC/ET/XVII/464.
[10] Archives nationales – Minutier central des notaires de Paris – Quittance et mainlevée, 5 avril 1701 – MC/ET/CI/87.
[11] Registres paroissiaux de Notre-Dame de Montréal – Sépulture de Marie-Reine Charpentier, 25 janvier 1728.